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Recherche : Le monodrame est-il efficace sur les enfants agressifs ?

Par Kristina Gotseva-Balgaranova et Milena Mutafchieva.

 

Introduction

L’agression est l’une des raisons courantes de demander une assistance de santé mentale. Particulièrement lorsque cela concerne de jeunes enfants. Si un comportement agressif dans la prime jeunesse n’est pas traité à temps et qu’il n’y a pas de réaction du côté des adultes, le risque de comportement délinquant et antisocial devient ensuite plus élevé (Farrington, 1990). L’agression est définie comme un ensemble d’actions interpersonnelles comprenant des comportements verbaux ou physiques qui sont destructeurs ou injurieux envers les autres ou envers des objets (Bandura, 1973). A peu près tout enfant agresse d’une manière ou d’une autre, mais lorsque l’on considère un enfant comme étant agressif, on se réfère à plusieurs problèmes qui influencent plus qu’un domaine de la vie – famille, école, relations avec ses pairs, etc. Comme l’ont relevé Aichinger et Holl (2017), lorsque nous, en tant que thérapeutes pour enfants, rencontrons des enfants agressifs, cela fait déjà longtemps que leur comportement est perturbé. En général, ils ont déjà consulté de nombreux spécialistes de l’enfance, sont isolés de leurs pairs, sont catégorisés comme étant « problématiques » par les enseignants à l’école et ont souvent de piètres performances durant leurs années pré-scolaires et scolaires. Un comportement agressif est souvent une comorbidité d’autres problèmes comportementaux comme le déficit d’attention, l’hyperactivité, le trouble de stress post-traumatique (TSPT). Une étude longitudinale a montré que le comportement agressif se stabilise avec le temps durant l’enfance et l’adolescence, et l’agression est plus conséquente avec le temps que les autres problèmes comportementaux (Hill et al., 2004). Quand l’agressivité des enfants affecte de multiples domaines (école, famille, etc.), il y a de fortes chances de voir ces troubles persister. (Loeber et Dishion, 1983) et mener à des débouchés négatifs à l’adolescence, comme l’abus de drogue et d’alcool, le décrochage scolaire, la parentalité précoce et la violence.

C’est pourquoi des interventions précoces sont très importantes et le psychodrame pourrait être l’une des méthodes utiles à ce traitement.

 

Cadre théorique

Durant l’enfance, l’agression peut se manifester sous de nombreuses formes et divers comportements. C’est pourquoi nous commencerons par une brève description théorique de ces formes. En outre, les principaux courants du psychodrame avec les enfants sont présentés.

L’agressivité pendant l’enfance

Les psychologues reconnaissent deux types d’actes qui peuvent être considérés comme étant agressifs ou qui portent une intention d’agressivité avec la volonté de blesser. Les deux incluent une motivation qui peut être montrée à travers une diversité de comportements.

Après observation, Norton (1988) a choisi les catégories suivantes qui sont utilisées dans les publications :

  1. agressivité faciale – communication verbale et non verbale, c’est-à-dire hurler, tirer la langue, faire des grimaces, cracher
  2. agressivité physique « simple » – clairement l’acte d’une personne, c’est-à-dire coup de poing, coup de pied, tirage de cheveux, morsure
  3. agressivité physique combinée – lutte, combat, attaque
  4. menace – feindre la violence, c’est-à-dire lever la main ou un objet comme si on allait frapper ; délibérément rater.
  5. agressivité avec un objet – lancer, détruire

Il y a depuis longtemps un débat dans le domaine de la psychologie développementale à propos des causes qui peuvent mener à un comportement agressif, et le sujet de l’héritage est toujours présent, spécialement lorsque l’on prend en compte les cas d’agression sévère. Mason et Frick (1994) ont résumé les résultats de 12 études avec des jumeaux/jumelles et de 3 études avec des enfants adoptés . Ils en ont conclu qu’il y avait un taux modéré d’héritage du comportement antisocial, exclusivement en cas de violence et de crimes graves. Dans une étude longitudinale en Nouvelle-Zélande, Caspi et alii (1995) ont essayé d’évaluer les caractéristiques de tempérament de 800 enfants au comportement problématique, qui avaient 3, 5, 7 et 9 ans au moment de la première mesure et 9, 11, 13 et 15 ans lors de la seconde mesure. Les résultats ont montré que le premier manque de maîtrise de soi, d’instabilité émotionnelle, de déficit d’attention, de négativisme a une haute corrélation avec des problèmes comportementaux externalisés plus tard tels que l’agression (Caspi et alii, 1995).

En outre, il y a des preuves que les interactions familiales sont des covariables cohérentes pour un comportement antisocial et agressif précoce. Patterson et alii (1989) sont en train d’essayer d’identifier les aspects cruciaux du comportement des parents qui peuvent mener à des comportements agressifs chez leurs enfants. Ils affirment que les principaux facteurs de l’agression sont : a) un contrôle et une discipline parentale faibles ; b) un manque de contrôle des parents sur les activités de l’enfant ; c) un manque de soin et de chaleur des parents. Bien souvent, les enfants qui se comportent de façon agressive ont été les témoins de façons agressives de résoudre les problèmes, ils n’ont pas observé des façons adéquates et efficaces de le faire. Patterson et alii affirment que les compétences sociales des parents sont très importantes pour une prévention précoce du comportement antisocial (Patterson et alii, 1990).

Le psychodrame avec les enfants

La thérapie individuelle qui a été utilisée dans la recherche actuelle est basée sur l’approche du psychodrame pour les enfants établie par Alfons Aichinger en Allemagne et se lie, tout en étant différente, à l’approche pour les adultes créée par Moreno. Les principales idées de Moreno sont incluses dans le travail avec les enfants, à savoir l’emphase sur la créativité et la spontanéité humaines et leur développement dans le cas où elles sont restreintes ou limitées. Aichinger et Holl (2017) affirment que les caractéristiques de la créativité des enfants peuvent être déployées à travers le jeu symbolique. Bien que l’approche soit principalement centrée sur un groupe de thérapie avec les enfants, de nombreuses directions sur comment travailler en thérapie individuelle sont aussi prises en considération.

Dans une séance individuelle avec un enfant (monodrame), on prend en compte les problèmes à travers l’utilisation d’animaux, de figures humaines ou de marionnettes à gants et le psychothérapeute doit endosser de multiples rôles. Aichinger appelle cela « Part work with animal figures ». En comparaison avec la méthode de groupe du symboldrame[1] développée par Aichinger et Holl (2017), un seul thérapeute est disponible dans des séances individuelles. Pendant la première séance et l’établissement de la première scène, la constellation du système intra-psychologique est présentée et le thérapeute demande à l’enfant de choisir un animal pour représenter le « côté problématique » c’est à dire la part agressive de lui-même/elle-même. Ensuite, il lui demande un animal qui peut représenter la partie qui est désactivée par le problème (par exemple qu’il/elle n’a pas d’amis parce qu’il/elle est agressif) et enfin un animal qui va représenter l’enfant lui-même. Plus tard, le système-famille et le système-école sont aussi représentés via des figures animales. On demande à l’enfant quelles sont ses relations avec chaque figure dans le jeu et aussi quels sont les sentiments qu’il éprouve envers chaque figure. A la fin de la première séance, on demande à l’enfant ce qui pourrait être changé afin de permettre aux animaux de devenir amis et d’encourager la coopération entre eux. Dans notre pratique, nous avons observé des scènes incroyables même pendant les premières séances. L’un des garçons (âgé de 6 ans) « a tué » son père de façon symbolique sept fois durant la première séance parce que celui-ci avait battu sa mère presque jusqu’à la mort. C’est une manière sûre et constructive d’exposer l’agression sans heurter quiconque et d’essayer de trouver de nouvelles manières de se comporter dans des situations de violence.

Dans chaque séance qui suit, on demande à l’enfant ce à quoi il/elle veut jouer ce jour-là et le thérapeute, par l’intermédiaire d’une figure animale, participe aussi à la scène. Parfois, le thérapeute peut aussi aider l’enfant à choisir un jeu et des rôles selon ses propres interprétations du cas, mais cela doit être fait de façon non invasive et laisser assez d’espace à la créativité de l’enfant.

Les principaux objectifs du psychodrame avec les enfants, selon Aichinger et Holl (2017), sont :

  • promouvoir la créativité – telle que Moreno l’a définie, c’est la capacité à réagir de façon adéquate dans une nouvelle situation et de développer de nouvelles manières de réagir à d’anciennes situations. Récemment, de plus en plus d’enfants sont vraiment pauvres dans le jeu et l’un des buts du psychothérapeute est de faire progresser la faculté au jeu et d’enrichir le répertoire des rôles de l’enfant.
  • promouvoir l’auto-efficacité – parfois les enfants vivent un manque de contrôle ou se sentent impuissants et sans ressources. Le jeu peut donner l’opportunité d’expérimenter l’auto-efficacité et d’être plus confiant, ce qui permettra de faire face aux difficultés quotidiennes comme des défis pouvant être relevés.
  • renforcer l’estime de soi – certains enfants vivent un manque d’appréciation et de reconnaissance. Les interventions du thérapeute peuvent leur donner la possibilité d’être efficace dans de nouveaux rôles et situations et d’être ainsi reconnus et appréciés.
  • renforcer les aptitudes relationnelles – être apprécié et accepté par ses pairs est extrêmement important pour des enfants d’âge préscolaire ou durant les premières années de la scolarité.

Cependant, il y a souvent des difficultés avec les enfants au comportement agressif. Ils ont un manque de compétences sociales et, la plupart du temps, sont exclus et victimisés comme étant « difficiles ». Fréquemment, ils détruisent les jeux des autres et ont un comportement inapproprié dans un contexte social (Aichinger et Holl, 2017).

 

Etude empirique

Récemment, l’idée de soutenir l’effet de la psychothérapie avec des données empiriques est devenue très populaire. La plupart des études qui présentent des données pour ce qu’on appelle des psychothérapies « fondées sur des preuves » sont basées sur la thérapie cognitivo-comportementale ; seules quelques études mesurant l’effet du psychodrame sont publiées et toutes concernent le psychodrame avec les adultes.

Méthodologie

But principal de l’étude

La présente étude vise à mesurer l’effet d’une psychothérapie individuelle et plus spécifiquement du symboldrame individuel sur le comportement agressif chez des enfants.

Hypothèse

Des enfants agressifs changeront leur stratégie de résolution des problèmes de façon constructive et moins agressive et cela développera leur fonctionnement interpersonnel.

Conception de l’étude

L’étude avait une conception interne : deux mesures pour chaque enfant :

  • Pré-test – échelle de développement pro-social et émotionnel, pour les enfants de 4 à 6 ans
  • Post-test – la même échelle de développement pro-social et émotionnel

Entre les deux mesures, chaque enfant a suivi 10 séances de symboldrame individuel.

La variable dépendante était le score des enfants sur l’échelle de développement pro-social et émotionnel.

Fig. 1. La conception de l’étude représente les phases pour chaque enfant.

Outils

Pour le pré-test et le post-test, tous les enfants ont été évalués par l’échelle de développement pro-social et émotionnel pour les enfants de 4 à 6 ans, créée par Nadia Kolcheva (PhD à la New Bulgarian University). Cela inclut deux sous-échelles – comportement pro-social et connaissance de soi.

Les items pour le comportement pro-social mesurent les stratégies des enfants à réagir dans une situation de conflit – ils sont agressifs, passifs ou adoptent des réponses constructives/de compromis. Un exemple de cet item est présenté par la figure 2. La sous-échelle consiste en 6 histoires imagées et par exemple, sur la figure 2, l’histoire est « Le garçon/la fille a un ours en peluche. L’autre enfant veut aussi jouer avec. Ils commencent à le tirer. », la question test est « Que ferais-tu dans cette situation ? ». Les réponses possibles pour l’enfant sont : 1. pas de réponse / je ne sais pas ; 2. Je vais le frapper ou je vais lui hurler dessus ; 3. Je vais pleurer ; 4. Je vais trouver un autre enfant avec qui jouer ; 5. Je vais lui demander que nous jouions ensemble.

Fig. 2. Exemple d’un item de la sous-échelle pro-sociale. Avec une courte histoire, on demande à l’enfant : « Que ferais-tu dans cette situation ? ».

 

Les items de la sous-échelle de la connaissance de soi mesurent la perception que l’enfant a de lui-même et sa connaissance de soi. Chaque enfant doit répondre à 7 questions différentes. Certains des items de la sous-échelle sont par exemple :

  • Dis-moi, quel enfant es-tu ? Essaie de te décrire toi-même. » – la façon dont l’enfant se décrit lui-même et comment les caractéristiques sont utilisées sont importants.
  • « As-tu un livre/jeu/film préféré ? Pourquoi l’aimes-tu tant ? » – ici, l’importance est dans l’explication que l’enfant est capable de donner.

Entre les deux mesures avec le test, chaque enfant fait partie d’un processus thérapeutique de 10 séances individuelles de monodrame (Aichinger, 2012).

Participants

Les enfants étaient au nombre de 6, âgés de 4 à 6 ans, provenant de différents groupes dans un jardin d’enfants de Sofia, en Bulgarie. Le travail avec tous les enfants a commencé après le consentement signé par les parents informés et un entretien avec les deux parents.

Procédure

Il est important de mentionner que l’évaluation des enfants avec le test et avec le traitement psychothérapeutique a été réalisée par différents experts. L’expert évaluant les enfants n’a pas pu voir le processus thérapeutique. Cela a été fait pour contrôler les variables de confusion comme des biais du thérapeute qui a travaillé avec les enfants dans la thérapie individuelle, une fois par semaine durant 40 minutes. Pendant le processus, les enfants n’ont suivi aucune autre thérapie.

Le test avec l’échelle de développement pro-social et émotionnel prend environ 20 minutes par enfant, testé à nouveau individuellement. Le processus complet prend environ 2 mois et demi et, à la fin, les enfants ont été testés à nouveau avec la même échelle.

Résultats

Malheureusement, il n’a pas été possible de procéder à une analyse quantitative, parce que l’échantillon de l’étude est trop petit. A cause de cela, les résultats sont basés sur une comparaison entre les scores absolus de chaque enfant au pré-test et au post-test. Les résultats montrent que la performance des enfants sur l’échelle du développement pro-social et émotionnel a augmenté après 10 séances de psychodrame individuel. Les résultats sont présentés sur le graphique 1. Un score élevé montre une tendance à des stratégies moins agressives comme une réponse à une situation conflictuelle, c’est-à-dire que plus élevés sont les scores, meilleures sont les stratégies et la connaissance de soi.

Graphique 1. Les résultats montrent les différences entre le pré-test et le post-test pour chaque enfant sur l’échelle de développement pro-social et émotionnel.

 

Sur le graphique, nous voyons que seul un enfant (de six ans, l’enfant 1 sur le graphique) a obtenu le même score lors des deux mesures. De plus, la plupart des problèmes comportementaux des enfants ont diminué pendant les 10 séances thérapeutiques. Un fait intéressant est que pour tous les enfants, excepté pour l’enfant 1, il y a eu une différence dans le scénario, les rôles et les figures qu’ils ont utilisées. L’enfant 1 a en fait joué avec les mêmes jouets et presque les mêmes rôles à chaque fois, ce qui est intéressant au regard de son répertoire de rôles. Il était l’enfant avec les symptômes les plus sévères au début du travail thérapeutique et bien que son progrès, selon le thérapeute et les parents, était vraiment grand, cela n’a pas été mesuré par le test. Les résultats du post-test montrent clairement que 5 des 6 enfants, qui avaient des symptômes agressifs différents, ont été influencés positivement par le symboldrame.

En conclusion, l’hypothèse de l’étude a été confortée, ce qui signifie que les enfants agressifs font montre de stratégies plus constructives lors de situations de conflit après 10 séances individuelles de symboldrame, ce qui n’est pas le cas au début du processus thérapeutique. La tendance a été définitivement orientée vers des stratégies de compromis et de raisonnement plutôt que vers la bagarre et l’on peut dire que l’effet est dû à la méthode thérapeutique.

 

Notes

[1] symboldrama, dans le texte original

Références

Aichinger, A. et Holl, W. (2017). Group Therapy with Children. Springer Fachmedien Wiesbaden GmbH.

Bandura, A. (1973). Aggression: A social learning analysis. Englewood Cliffs, NJ: Prentice-Hall.

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Miller-Johnson, S., Coie, J.D., Maumary-Gremaud, A., Lochman, J., et Terry, R. (1999). Peer rejection and aggression in childhood and severity and type of delinquency during adolescence among African American youth. Journal of Emotional and Behavioral Disorders, 7, 137–146.

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Date de publication : 20 septembre 2017

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