Print Friendly, PDF & Email

L’horloge fondante, une technique de psychodrame sur le travail de deuil dans un cadre de thérapie individuelle

par Zoli FIGUSCH.

 

Résumé: Dans cet article, l’auteur tente de comprendre le deuil du point de vue de la théorie du psychodrame, en retraçant les réactions douloureuses et les phases d’affliction au stade du développement de la matrice identitaire et aux premières expériences de relation et de séparation. Par la suite, à travers l’exemple clinique du deuil non résolu d’un jeune homme, il introduit ‘l’horloge fondante’, une technique de psychodrame appliquée dans un contexte de thérapie individuelle.

Mots-clés: deuil; réactions de chagrin; phases de deuil; relation et séparation; chagrin non résolu; surplus de réalité; psychodrame individuel

 

Introduction

Les pertes nous accompagnent tout au long de notre vie. Perte cependant, ne signifie pas seulement la mort d’un parent, un membre de la famille, un proche ou un ami. Nous pouvons perdre quelqu’un sans que cette personne ne meure réellement: nous pouvons nous séparer d’un amant, d’un partenaire, de son mari ou de sa femme, ou nous pouvons être abandonnés par un parent ou par un autre significatif. Au-delà de la perte de personnes, nous pouvons également perdre nos idéaux, nos croyances, nos rêves, nos espoirs, nos possibilités, nos emplois, notre santé ou même certains de nos rôles.

Cependant, la perte qui nous affecte le plus profondément – par son irréversibilité et sa précision – est la perte par la mort d’une autre personne significative de notre atome social (notre cercle étendu de relations). Avec la perturbation des relations socio-émotionnelles, notre existence socio-émotionnelle est également endommagée; avec la mort d’un être aimé, nous perdons aussi une partie de nous-mêmes. Notre atome social devient de plus en plus petit et si nous ne le reconstruisons pas, nous pouvons atteindre un état de «mort sociale», qui peut parfois être encore pire et plus cruel que la mort réelle.

Le deuil provoque toute une série de réponses, dénommées réactions d’affliction. Mon intention dans cet article est d’essayer de comprendre ces réactions douloureuses du point de vue de la théorie du psychodrame, et de retracer leurs origines à la matrice de l’identité, le placenta bio-psycho-socio-culturel du développement humain. Suite à cela, à travers l’exemple clinique d’un jeune homme ayant des difficultés d’apprentissage, je présenterai la technique psychodramatique de «l’horloge fondante»; une technique que j’ai développée au cours de mon travail sur le deuil en séances individuelles.

 

Le locus nascendi des réactions d’affliction

Les réactions d’affliction remontent à la phase de développement de la matrice de l’identité globale (le premier univers), et plus spécifiquement aux premières expériences de relation et de séparation du nourrisson. La perte par la mort peut être considérée comme la perte d’une relation significative, comme une séparation irréversible avec un autre significatif.

Dès notre naissance, nous commençons à interagir avec les personnes et les objets de notre environnement, ces interactions formant la base de l’apprentissage et du développement socio-émotionnel. Au cours de ce processus, nous intériorisons divers aspects des autres signifiants de notre environnement social, et par conséquent, lorsque nous perdons quelqu’un d’important, nous perdons aussi une partie de nous-mêmes. D’un point de vue sociométrique, nous pourrions dire que nous existons à travers nos relations, à travers nos interactions avec les autres.

Le développement psychologique de l’enfant est un processus long et progressif, son point de départ étant la relation symbiotique entre l’enfant et sa mère, entre l’enfant et son environnement. Cette phase initiale de développement est caractérisée par l’incapacité de l’enfant à se différencier des autres (la toute-identité indifférenciée), puis l’enfant devient peu à peu capable de se distinguer des autres (la reconnaissance du moi et de l’autre, ou la phase de la toute-identité différenciée). Les expériences de ce processus structurent l’apprentissage de l’enfant sur la façon de se rapprocher et de se séparer des autres, de relier et de séparer les deux pôles opposés des relations. (Fonseca 2003)

Regardons les expériences qui structurent nos relations, à commencer par le pôle de relation. Nous avons vu que, dans la phase de la toute-identité indifférenciée, l’enfant expérimente toutes choses, personnes et objets de son environnement comme une seule et même personne, de manière indifférenciée. Par conséquent, il se rapporte de manière générique à tous les êtres humains dans son environnement, acceptant leurs soins sans discrimination. Ce n’est que plus tard qu’il acquiert la capacité de choisir entre les personnes, la mère (ou la personne qui s’occupe principalement de lui) devenant son choix préférentiel ou primaire. L’enfant et la mère continueront à former une unité organique de fonctionnement et d’interaction.

Au-delà de l’accomplissement des besoins biologiques fondamentaux de l’enfant, grâce à son maintien en toute sécurité, la mère répond également à ses besoins émotionnels et interactionnels. Même sans rien faire de spécifique, la présence de la mère peut être structurante en soi. En conséquence, le nourrisson développe une anticipation positive par rapport aux soins de la mère. Il prévoit que, au-delà de satisfaire sa faim et de faire disparaître son mal-être (besoins physiques), sa mère le prendrait contre elle, lui parlerait et interagirait avec lui, c’est-à-dire qu’elle satisferait aussi ses besoins émotionnels. Fonseca (2003) dénomme cette anticipation optimiste comme anxiété-espoir. Par la concrétisation de ce contact positivement anticipé et espéré, l’enfant expérimentera le plaisir / l’amour: le plaisir d’être ensemble, le plaisir de la relation. Cette expérience agréable se manifestera à travers les sentiments de bonheur et de joie de l’enfant dans le moment partagé. Selon Bustos (2001), ce plaisir persistera en tant que contexte des expériences ultérieures, c’est-à-dire que l’intériorisation de ces sentiments positifs aboutira à une vision positive et optimiste des relations entre adultes.

Nous pourrions conclure que cette séquence expérientielle d’anticipation positive (anxiété-espoir)plaisir / amour – bonheur est liée aux gains et à la vie. Il représente le plan du nourrisson dans son apprentissage de la relation, de la façon “d’être ensemble”. Dans les phases suivantes du développement de l’enfant, ces expériences seront également réitérées dans ses relations avec d’autres personnes de la matrice de l’identité.

Relier cependant ne représente qu’un pôle de nos relations. Lorsque le bébé apprend à «être ensemble», il doit inévitablement apprendre à «être seul»; En d’autres termes, en plus d’apprendre à établir des relations, il devra aussi apprendre à se séparer. Déjà vers l’âge de huit mois, le nourrisson commence à réagir à l’absence de sa mère (anxiété de séparation), car elle représente pour lui un important objet relationnel émotionnel et affectif. C’est le premier pas vers l’établissement d’une relation d’objet; ou, en termes psychodramatiques, la deuxième phase de la matrice de l’identité – le début de la reconnaissance du moi et de l’autre.

En l’absence ou en la menace de l’absence de la mère/l’autre (la figure principale), l’enfant connaîtra toute une série de nouvelles réactions qui diffèrent de celles de l’expérience de relation. Nous avons vu que lorsque stimulé positivement, le nourrisson répond avec espoir, plaisir / amour et bonheur. Devant une perte imminente cependant, sa première réaction est l’anxiété ou l’anxiété-peur comme le dénomme Fonseca (2003). (Fonseca considère l’anxiété-peur comme le pôle opposé de l’anxiété-espoir, l’expérience de relation du nourrisson.) Avec la concrétisation de cette absence, la colère et l’agressivité apparaissent (c’est-à-dire le mécontentement / la haine qui se manifeste). L’enfant pleure et donne des coups de pied, cet état étant suivi de sentiments de tristesse par rapport à la perte. Cependant, après chaque période d’absence, la mère revient, le nourrisson apprend finalement à se détendre en son absence, c’est-à-dire qu’il atteint une résolution[1].

Ainsi, la séquence expérientielle de la séparation peut être résumée comme suit: anxiété (anxiété-peur) – colère et agression (mécontentement / haine) – tristesse – résolution. Alors que la séquence expérientielle de la relation est connectée aux gains et à la vie, la séquence expérientielle de la séparation est fortement liée à la perte et à la mort.

À la suite du plaisir de la relation et du déplaisir de la séparation, l’enfant va essayer de diminuer et d’éviter les expériences négatives et d’étendre les expériences positives. Ces tendances sont dénommées amortisseurs (Fonseca 2003) ou mécanismes de défense (Bustos 2001) et seront intégrées dans la personnalité en développement de l’enfant. Ces expériences d’apprentissage primaire de relation et de séparation se refléteront aussi dans ses relations avec les adultes et, comme le souligne Bustos (2001), si quelqu’un passe par la matrice de l’identité avec des expériences positives de relation, celles-ci l’aideront plus facilement. Ainsi, la disparition de l’objet (mère) du champ visuel de l’enfant peut être considérée comme le premier pas vers la configuration du concept de la mort, alors que la séparation est le plan des réactions de chagrin/deuil.

Il est important de mentionner cependant que l’enfant n’est pas capable de comprendre la mort avant d’avoir acquis le langage et la notion du temps, avant de comprendre les relations causales et avant de pouvoir faire la différence entre l’animé et l’inanimé – c’est-à-dire avant de comprendre la brèche entre fantaisie et réalité[2].

 

Les phases de deuil

Les réactions d’affliction représentent un cas particulier des réactions de séparation décrites ci-dessus; elles sont les dérivés de la séquence anxiété-colère / agression-tristesse-résolution. Cependant, alors que la séparation subie par le nourrisson est réversible (puisque la mère revient), la séparation par la mort est irréversible et définitive, ce qui entraîne certains changements de la séquence.

Voyons alors l’enchaînement des réactions d’affliction qui apparaissent à la suite de la perte par la mort d’un autre signifiant de notre atome social. Selon la séquence décrite par Pap (1997), la première réaction immédiate à la mort d’un être aimé et important est le choc. Lorsque l’on travaille sur un chagrin si récent dans un psychodrame, il faut une attitude d’acceptation, de soutien et de consolation de la part du thérapeute et du groupe, ce qui peut être réalisé simplement par le partage. A ce stade, l’endeuillé n’est généralement pas prêt à creuser plus profondément sa perte (à travers la dramatisation); ce n’est pas un moment de confrontation et d’analyse.

Ce choc initial est suivi du déni, la phase de non-acceptation émotionnelle. Comme le mot déni le suggère, à ce stade de ses réactions d’affliction, l’endeuillé n’accepte pas la mort de l’autre, il refuse de vivre émotionnellement cette expérience, et il ne la considère pas comme un problème. Par conséquent, le chagrin dans son stade de déni n’est presque jamais amené dans le psychodrame consciemment. Il peut cependant être introduit indirectement dans la séance, à travers une question ne suggérant ou ne commençant pas comme un travail de deuil. Dans ces cas, le thérapeute doit garder un œil ouvert afin de reconnaître le vrai problème sous la surface.

Après la phase de déni, l’endeuillé fait face à la perte, ce qui entraîne de fortes réactions de colère et d’agressivité. Beaucoup du processus de deuil reste bloqué dans cette phase, parce qu’on estime qu’il est inapproprié d’être en colère ou d’avoir des sentiments négatifs envers nos morts. Les pensées et les sentiments négatifs sont donc souvent réprimés, ou bien les personnes endeuillées peuvent diriger leur colère / agressivité contre elles-mêmes. Ces sentiments de culpabilité et ces reproches peuvent être le résultat de conflits que nous avons eu avec le défunt avant sa mort; nous nous sentons coupables de l’avoir blessé, ou d’avoir été blessé par lui, sa mort nous empêchant de réparer ces «incidents».

La phase suivante des réactions de deuil est la phase dépressive, l’acceptation de la perte. Ces sentiments de tristesse peuvent être présents, avec plus ou moins d’intensité, tout au long du travail de deuil. Ce n’est qu’après l’acceptation de la perte (et comme résultat de cette acceptation) que la personne endeuillée peut atteindre la dernière phase du processus d’affliction: la résolution. La résolution signifie faire la paix non seulement avec la mort en tant que telle, mais aussi avec le défunt et avec nous-mêmes. La résolution est la fin du travail de deuil; elle permet aux endeuillés de dire au revoir et de laisser partir le défunt – de lâcher le négatif en gardant le positif.

Selon Lindemann (1944) et Vikár (1997), avant de parvenir à la résolution, une autre phase peut également se produire dans le processus d’affliction au cours du deuil: la phase de formation des symptômes par identification ou identification partielle avec certaines caractéristiques du défunt. “C’est l’apparition des traits du défunt dans le comportement des personnes endeuillées, en particulier les symptômes manifestés lors de la dernière maladie” (du défunt). (Lindemann 1944, p.142)[3]

Il est important de mentionner que le processus de deuil ne suit pas nécessairement la séquence décrite ci-dessus: choc – déni – colère / agression – tristesse – résolution. Des personnes vivant le deuil peuvent traverser certaines de ces phases rapidement, tandis que d’autres peuvent prendre plus de temps; celles-ci peuvent aussi s’échanger ou se chevaucher et ne peuvent donc pas toujours être clairement séparées. Les personnes endeuillées doivent souvent en premier lieu exprimer des sentiments plus positifs envers le défunt (comme l’amour et la gratitude), avant de pouvoir exprimer leur douleur, leur colère ou leur opprobre, pour finalement parvenir à une résolution. Ce qui est vrai cependant pour tous les processus de deuil, c’est que ces phases se déroulent étape par étape, c’est-à-dire que l’acceptation de la mort prend du temps.

Cela se produit généralement naturellement, l’endeuillé traversant les différentes phases de deuil à son propre rythme. Parfois, cependant, il peut rester coincé dans une certaine phase, incapable d’atteindre la résolution d’une manière naturelle et spontanée. Lindemann (1944) a décrit cela comme une souffrance pathologique qui peut à son tour se transformer en une série de réactions douloureuses et morbides.[4]

C’est alors que la psychothérapie peut devenir nécessaire afin de permettre aux personnes endeuillées d’aller au bout du processus de deuil. L’objectif du thérapeute dans ces cas est de permettre au client endeuillé de traverser toutes les phases du chagrin, en faisant remonter à la surface ses sentiments refoulés, et en aidant sa libération de la relation coincée avec le défunt, son réajustement à un nouvel environnement dans lequel le défunt est manquant ainsi que la formation de nouvelles relations.[5]

Dans ce qui suit, je présenterai un exemple clinique, dans lequel un exercice de psychodrame individuel a été utilisé pour aider un patient à résoudre son processus de deuil non abouti.

 

L’Horloge Fondante

Frank (nom modifié) avait six ans quand sa grand-mère a eu une crise cardiaque. Au cours de son hospitalisation elle s’est rétablie, mais elle est décédée peu de temps après son retour chez elle. À l’époque, les parents de Frank ne le soutenaient pas ou ne le réconfortaient pas face à son désarroi, et ainsi le souvenir de la perte de sa Mamie devint extrêmement douloureux pour lui et resta non résolu. Si ses parents avaient pu soulager son chagrin en lui offrant un soutien affectif approprié, ils lui auraient permis de traiter la perte de sa grand-mère à un niveau approprié à son âge. Vikar (1997) a observé que la raison pour laquelle cela peut être difficile est que les adultes dans l’atome social de l’enfant endeuillé sont également fortement affectés par la perte, créant une instabilité émotionnelle autour de l’enfant. Sur la base de son travail sur le deuil thérapeutique avec les enfants, Vikar ajoute que la thérapie peut donner un sentiment de sécurité pour l’enfant qui peut combler le manque de soutien émotionnel des parents. Il compare la thérapie à un objet de transition qui offre une sécurité émotionnelle en l’absence de la mère.

À l’âge de 20 ans, Frank a présenté des indications claires d’un deuil non résolu et retardé. La pensée de la maladie et de la mort de Mamie lui causait de l’anxiété et l’effrayait, ce qui évoquait de fortes résistances et de douloureux souvenirs. Il a également porté en lui beaucoup de colère, une réaction qui a été découragée et parfois même punie par ses parents quand Frank était enfant. Il n’était pas capable d’accepter et d’exprimer convenablement sa colère, et la considérait comme mauvaise et dangereuse. En ce qui concerne la séquence des réactions de deuil décrite ci-dessus, nous pourrions dire que Frank n’avait pas surmonté les phases de colère / agression et de tristesse, et n’avait donc pas trouvé la résolution à la perte de Mamie.

Ces réactions avaient été clairement concrétisées lors des séances de psychodrame: Frank choisit un petit ours en peluche pour représenter son «jeune soi effrayé», incarnant à la fois sa peur et sa tristesse douloureuse. Frank représentai son «soi agressif» (colère) désavoué et inacceptable par un canard blanc. Enfin, son «soi adulte bienveillant» fut représenté par un autre canard presque identique, ce qui suggère que bien que Frank ait reconnu le «soi agressif» comme faisant partie de lui, il n’était pas encore capable d’accepter et d’intégrer cela avec son «soi adulte bienveillant[6] ».

Lorsqu’on travaille sur le deuil non résolu, le psychodrame offre la possibilité de rappeler un autre signifiant décédé au cours d’une scène théâtralisée et de le retrouver. Dans le psychodrame, il est également possible d’aller au-delà de la simple reconstitution d’une rencontre passée; la technique du surplus de réalité permet au protagoniste d’avoir une rencontre avec le défunt qui n’a pas réellement eu lieu dans la réalité de leur relation. Ainsi, le protagoniste endeuillé a la possibilité d’expérimenter et d’exprimer ses sentiments et ses pensées envers le défunt dans leur complexité et leur variété. La décharge émotionnelle et la compréhension intellectuelle de cette rencontre psychodramatique peuvent aider le protagoniste à traiter certains aspects de son deuil non résolu en obtenant plus de perspicacité et une meilleure compréhension.

Blatner (1973, 2000) suggère des scènes de lit de mort et la technique de la rencontre finale, qui met l’accent sur les besoins du protagoniste avec une date limite d’action. “Vous avez cinq minutes pour lui parler avant qu’il ne meure. Il est maintenant temps de faire vos adieux, posez vos dernières questions, exprimez vos honnêtes ressentiments et appréciations. » (Blatner 1973, 70)

Lors d’une première séance, Frank a recréé une scène de son enfance où, avec ses parents, il a visité sa Mamie à l’hôpital. Il avait trop peur d’entrer dans sa chambre et décida de rester seul à l’extérieur, assis dans un couloir sombre et froid («jeune soi effrayé»). Perazzo (1986) souligne que les parents et les hôpitaux ont tendance à ne pas permettre aux jeunes enfants de rendre visite à des parents gravement malades ou en phase terminale, afin de garder la mort hors de leur vue. Ainsi, au-delà de réprimer leur processus de deuil, ils bloquent aussi la capacité des enfants à exprimer leurs sentiments. Même s’il semble que dans le cas de Frank, c’était sa propre décision de ne pas visiter sa Mamie, les effets étaient les mêmes: ses sentiments de peur et de tristesse étaient réprimés sans que ceux-ci ne soient extériorisés et traités.

Plus tard au cours de la thérapie, Frank a revu cette scène de l’hôpital, déclarant qu’il “avait besoin de faire quelque chose” – une indication claire de son deuil non résolu. Dans une scène de surplus de réalité, son «soi adulte bienveillant» réussit à entrer dans la chambre d’hôpital de Mamie et exprima certains de ses sentiments liés à sa mort; Cependant, son «jeune soi effrayé» continuait à s’asseoir dehors dans le couloir. Une dernière rencontre (Blatner 2000, p.45) suggérée à ce stade a été rejetée par Frank, indiquant que davantage de travail devait être fait pour lui permettre d’arriver à une résolution dans son processus de deuil.

Des scènes de surplus de réalité (telles que la scène du lit de mort et la rencontre finale) peuvent permettre à un protagoniste de travailler avec et éventuellement de résoudre certains aspects de son travail de deuil inachevé. Cependant, comme l’indique l’exemple de Frank, il est très improbable qu’une seule expérience de surplus de réalité puisse résoudre complètement l’affliction d’un protagoniste endeuillé et lui permettre de laisser partir le défunt et de lui dire au revoir dans la vraie vie aussi.

La thérapie individuelle de psychodrame peut offrir une possibilité différente de travailler pour un tel chagrin non résolu. Contrairement au travail thérapeutique de psychodrame en groupe où les problèmes présentés des protagonistes circulent, dans un psychodrame individuel, nous travaillons avec un seul client, qui a le processus psychodramatique disponible uniquement pour lui-même à tout moment. Comme le soulignent Merei et Vikar (1997), ce patient étant le seul protagoniste, la séquence de ses séances de thérapie finira par être éditée en un tout continu, l’espace psychodramatique devenant ainsi un espace de souvenirs interconnectés. Cet assemblage des séances offre la possibilité d’apporter sur la scène une histoire plus complète de la relation du protagoniste avec le défunt, une histoire illustrée à travers différentes images et scènes, ses aspects positifs et négatifs, ses conflits et ses temps harmonieux, etc.

Dans le travail sur le deuil, ce panorama de la relation permet au protagoniste de faire revivre le défunt en lui-même, de ramener à la vie des souvenirs et de modifier les expériences. Mais, au-delà de la création d’une ligne continue de souvenirs passés, il est également possible de créer une séquence de scènes de surplus de réalité ressemblant à un montage, en éditant ensemble une série de séances lorsque le protagoniste travaille en surplus de réalité. Ainsi, le temps disponible pour dire au revoir et laisser partir le défunt peut être prolongé et les phases de deuil peuvent être traitées de manières plus approfondies afin d’atteindre la résolution. J’ai ainsi nommé cette technique d’après les images bien connues de Salvador Dali sur les horloges fondantes, représentant une vision surréaliste et onirique de la flexibilité et de la relativité du temps. Cependant, tandis que Dali suspend le temps dans la surréalité, la technique psychodramatique de l’horloge fondante suspend le temps en surplus de réalité.

J’ai proposé la technique de l’horloge fondante après la séance où Frank avait revisité la scène dans la chambre d’hôpital de Mamie. Nous étions dans le salon de Mamie peu après son départ de l’hôpital et Frank mentionna qu’il y avait certaines choses qu’il aurait dû faire. Dans le rôle de sa Mamie, il a également précisé qu’elle avait besoin d’expliquer beaucoup de choses sur sa maladie et sa mort au «jeune Frank effrayé». Dans ce rôle (Mamie), Frank a réussi à exprimer à quel point il était difficile pour tous les deux de se quitter et a eu une longue conversation émouvante et réconfortante avec le «jeune Frank effrayé», touchant de nombreux problèmes et sentiments douloureux. Frank a eu l’occasion de rejouer cette scène dans le rôle de son «jeune soi effrayé» (recevant le réconfort) ainsi que de le regarder dans le miroir (étant dans le rôle de son «soi adulte bienveillant»), ce dernier conduisant à une catharsis émotionnelle.

Il était clair cependant que Frank avait besoin de plus de temps pour résoudre son processus de deuil; Il y avait beaucoup plus de choses à dire et à faire avant de pouvoir laissez partir sa Mamie. Dans la salle de thérapie, j’avais une grosse horloge en bois avec des mains mobiles, que je donnais à Frank en demandant de me montrer à quelle heure se déroulait cette rencontre dans le salon de Mamie. Après qu’il eût réglé l’horloge à 15 heures je lui ai donné l’instruction suivante: “Maintenant, nous sommes en début d’après-midi et nous avons jusqu’à minuit. Ce sera votre moment privilégié avec Mamie pour faire les choses que vous auriez dû faire et dire les choses que vous auriez dû dire. Nous ne serons pas en mesure d’arrêter l’heure, mais nous pouvons la ralentir, de sorte que vous n’atteindrez minuit que lorsque vous serez prêt. Le temps passera à chaque séance, mais c’est vous qui déciderez à quelle vitesse. À la fin de chaque séance, vous arrêterez l’horloge à l’heure qui vous semblera confortable et nous recommencerons à cette heure ci la semaine suivante. »Voici comment l’horloge fondante a été introduite et comment le temps de Frank avec sa Mamie a été suspendu en surplus de réalité, Frank prenait le contrôle du temps dont il avait besoin pour dire au revoir. Nos séances suivantes se sont poursuivies dans le surplus de réalité, avec l’objectif d’atteindre minuit (résolution) quand Frank serait prêt.

15-17h

Au début de la séance d’après, Frank déplaça les aiguilles de la pendule, s’arrêtant “cinq heure pile”. Il se donna deux heures de temps de surplus de réalité, au cours des quelles il regarda la télévision avec Mamie et fit une lessive. La mise en place de la lessive et l’ouverture du grand panier (une boîte pleine de costumes, des morceaux de tissus colorés et des chapeaux que j’ai dans la salle de thérapie) évoquèrent divers souvenirs liés à sa Mamie, qui conduisirent à une conversation entre eux sur le cycle de la vie et la mort. Dans le rôle de Mamie, Frank a rassuré son «jeune soi effrayé» en disant que même partie, elle serait «là-haut (montrant le ciel) à veiller sur lui». La mort a été abordée d’une manière moins effrayante, laissant le «jeune Frank effrayé» un peu plus détendu.

17-18h

La séance suivante Frank déplaça les aiguilles de l’horloge fondante de 17h à 18h. Il dit que Mamie ferait une sieste à ce moment-là, “donnant un repos à son corps vieux et fatigué” – une vraie métaphore de la mort. À travers les inversions de rôles entre Mamie et Frank, la dualité du corps et de l’esprit fut discutée et Frank fut plus rassuré en sachant qu’après avoir lâché le corps vieux et fatigué de Mamie, son esprit resterait avec lui et continuerait à vivre dans son cœur. Certaines des craintes et des angoisses du «jeune Frank effrayé» ont été abordées, rapprochant cette partie de son identité à son «soi adulte bienveillant» (intégration).

18-19h

Notre prochaine séance a coïncidé avec le 21e anniversaire de Frank, une bonne occasion de renforcer davantage son rôle d’adulte. Au cours des séances précédentes, Mamie avait mentionné qu’elle regrettait de ne pas être capable / en vie de voir Frank en tant qu’adulte. C’était entre 18 heures à 19 heures en temps de surplus de réalité que Mamie avait finalement eu la chance de rencontrer l’adulte «grand, fort, travailleur, gentil, serviable et attentionné», le Frank adulte, qui avait réussi à trouver un équilibre entre son «soi adulte bienveillant» et son «soi agressif»[7].

19 heures semblai être un tournant dans le travail de deuil de Frank. Il devint plus enraciné dans son rôle d’adulte, il avait davantage intégré son «soi agressif» (en traitant et en prenant en charge une partie de sa colère); tandis que son «jeune soi effrayé» semblait apparaître de moins en moins, indiquant que sa douleur émotionnelle et sa tristesse avaient diminué. Bien qu’il n’ait toujours pas atteint la résolution, il attendait les dernières heures de sa journée avec Mamie avec moins d’inquiétude. Il avait également réussi à intérioriser certains aspects de sa Mamie – son esprit.

19-20h

Après être restés à l’intérieur toute l’après-midi, Frank et Mamie se sont promenés dans le parc entre 19h et 20h. Frank installa quelques balançoires avec Mamie assise sur l’une d’entre elles et ses trois “soi intérieurs” sur une autre. Montrant son “jeune soi effrayé”, il dit “Il est toujours là. Il va un peu mieux, mais il est toujours là”. Dans le rôle de sa Mamie il reconnut qu’elle avait aussi un peu peur d’aller là haut (pointant vers le ciel), mais il (elle) rajouta : “Tu dois penser avec ton coeur et aussi avec ta tête (s’adressant clairement à la fois a l’adulte et a l’enfant). Je suis dans ton coeur. Et tu auras besoin de continuer à regarder en haut, parce que je serai là à te regarder en bas”.

Frank avait intériorisé d’avantage l’esprit immortel de sa Mamie, le séparant de son corps mourant, tandis que son “jeune homme effrayé” recevait plus de réconfort. À 20 heures ils sont retournés à la maison de Mamie.

20h-22h.

Frank et Mamie ont passé les deux heures suivantes dans le salon, où une conversation émotionnelle a eu lieu entre eux. En passant un bras autour de sa Mamie, Frank lui a dit “Même si je sais que tu seras là-haut, c’est douloureux, parce que je ne serai pas capable de te voir.” Dans le rôle de Mamie il a répondu: “C’est aussi douloureux pour moi, parce que je ne serai plus capable de te revoir. Mais tu es devenu adulte et tu sais comment penser avec ton cœur”. Frank a réussi à reconnaître et exprimer sa tristesse et sa souffrance émotionnelle dans son rôle d’adulte prévenant, montrant des signes d’acceptation de sa perte. Il a terminé la séance dans ce rôle d’adulte n’étant plus effrayé (l’ours représentant son “jeune soi effrayé” n’a même pas été amené dans la séance), une indication qu’il était très proche d’atteindre le stade de la résolution.

22h-minuit

Au début de la séance suivante, je ne savais pas si Frank irait jusqu’ à minuit ou arrêterait l’horloge fondante avant cela. Cependant, il a démarré la séance avec les mots: “J’ai déréglé l’horloge (il a mis les mains sur minuit), je suis mort d’angoisse en la regardant” – ses mots indiquant que bien que contrarié, il était prêt à finir son travail de deuil.

Avant de passer à l’action, il était important de renforcer le rôle d’adulte récemment consolidé de Frank, en lui rappelant le long et pénible voyage qu’il avait accompli et comment il avait réussi à intégrer son “soi agressif” et son “jeune soi effrayé” à son rôle d’adulte.

Nous sommes ensuite passés à une scène dans l’église, où le cercueil de Mamie était ouvert, avec Frank et sa famille autour. Frank exprima à Mamie combien elle lui manquerait, il ferma le cercueil en s’assurant que l’esprit de Mamie (représenté par une rose rouge) n’était pas enfermé à l’intérieur et fit un discours d’adieu. C’est à ce moment que Frank atteint l’étape de la résolution et devint capable de dire au revoir à sa Mamie et de la laisser partir.

Puis vint la scène de l’enterrement. Comme le cercueil était enveloppé dans une couverture marron réconfortante (réconfort à la fois pour Mamie et Frank) représentant le sol, l’esprit de Mamie monta au ciel. Frank leva les yeux et acheva son travail de deuil avec les mots suivants: «Je sais que tu es là, te reposant et regardant vers le bas, voyant à quel point je suis un adulte fort, travailleur et gentil.» Il semblait avoir fait la paix avec la fatalité de la mort aussi bien qu’avec son soi intérieur conflictuel.

 

Conclusions

Dans cet article, j’ai présenté des réactions au deuil à travers le prisme de la théorie du psychodrame, et la technique psychodramatique de l’horloge fondante développée, afin d’aider un protagoniste à atteindre la résolution de son processus de deuil non achevé. Travailler avec le surplus de réalité a aidé ce protagoniste à acquérir un aperçu et une compréhension de ses réactions douloureuses retardées, cette technique catalysant son travail de deuil qui était resté bloqué à un âge précoce.

Le travail autour de l’horloge fondante a permis à Frank de travailler et de vivre à travers les sentiments refoulés liés à la perte de sa grand-mère. Les sentiments qu’il ne pouvait pas partager avec ses parents sont devenus accessibles, il a pu les exprimer et les partager au cours de cette thérapie. La séquence de scènes de surplus de réalité l’a aidé à exprimer ses sentiments de peur et de tristesse et à traiter la douleur émotionnelle de son deuil.

Selon Pap (1997), une thérapie correctement menée et terminée permettra au protagoniste d’achever le travail sur lui même, d’assumer et d’essayer de nouveaux rôles et de développer de nouvelles relations. L’Horloge Fondante semble avoir permis à Frank de faire tout cela: il a complété et résolu son processus de deuil; il a développé et renforcé son rôle d’adulte en travaillant et en intégrant les aspects effrayés et agressifs de son soi; et enfin, il a réussi à se libérer de la symbiose avec sa grand-mère décédée et à trouver une formulation acceptable de sa future relation avec elle. Le traitement de cette perte a aidé Frank à se développer davantage, à se renouveler et à renaître spontanément et créativement à partir de l’expérience de la mort.

Dans tous les processus thérapeutiques sains, que ce soit en groupe ou individuellement, il est important de définir d’emblée l’échelle de temps de la thérapie. Les clients doivent savoir combien de temps ils ont à leur disposition et combien de temps durera la thérapie afin de terminer naturellement le processus de traitement en un temps prédéfini. La technique de l’horloge fondante suit le même principe, seulement elle permet au protagoniste lui-même de fixer l’échelle de temps de son travail de deuil, lui permettant ainsi de traiter sa perte de manière plus flexible et d’atteindre la résolution à son propre rythme.

 

Références:

Blatner, A. (1973) Acting-in. New York, Springer.

Blatner, A. (2000) Psychodramatic Methods for Facilitating Bereavement. Chapter 2. in: Kellerman, P.F. and Hudgins, M.K. Psychodrama With Trauma Survivors – Acting Out your Pain, Jessica Kingsley Publishers, London and Philadelphia, 2000, pp.41-50.

Bustos, D.M. (2001) The cluster theory. In: Z. Figusch (2005) Sambadrama – The Arena of Brazilian Psychodrama. London: Jessica Kingsley Publishers.

Fonseca, J. (2003) Donde nacen los sentimentos: miedo y esperanza en la matriz de identidad (Where feelings come from: fear and hope in the matrix of identity). Forum-Journal of the International Association of Group Psychotherpay, Vol.0. No.0. January-December 2003, Special edition: The Intercultural Group State of the Art, p.42-57.

Landini, J.C. (2002) Antropologia da brecha entre a fantasia e a realidade (The anthropology of the breach between fantasy and reality). Revista Brasileira de Psicodrama, Vol.10., no.1., pp.31-40.

Lindemann, E. (1944) Symptomatology and management of acute grief. American Journal of Psychiatry, 101, pp.141-148.

Mérei, Zs. and Vikár, A. (1997) Folyóban a ronk – Monodráma stábbal (Log in the river – Individual psychodrama with auxiliary egos). In: Pszichodráma a gyakorlatban – Vol.2. (Psychodrama in practice – Vol.2.), pp.90-99, Budapest: Animula.

Pap, Zs. (1997) Pszichodramatikus veszteség feldolgozás (Psychodramatic work with loss). In: Pszichodráma a gyakorlatban – Vol.2. (Psychodrama in practice – Vol.2.), pp.80-89, Budapest: Animula.

Perazzo, S. (1986) Descansem em Paz os Nossos Mortos Dentro de Mim (Let the Dead Rest in Peace within Me). São Paulo: Ágora.

Vikár, A. (1997) Gyászmunka dramatikus játékcsoportban (Grief work in dramatic play groups). In: Pszichodráma a gyakorlatban – Vol.2. (Psychodrama in practice – Vol.2.), pp.36-40, Budapest: Animula.

 

Notes:

[1] Cette résolution ne sera pas réalisée dans les cas d’abandon ou de disparition, menant à des expériences négatives (dénommées par Laing comme «insécurité ontologique de base») qui peuvent grandement entraver le développement ultérieur. Ces expériences peuvent compromettre la survie émotionnelle de l’enfant.

[2] Dans une étude anthropologique, Landini (2002) tente de trouver les origines de la rupture entre le fantasme et la réalité. Il conclut que cette brèche est apparue au cours de la phylogénie humaine et est liée à la découverte de la mortalité par les humanoïdes. La réalisation d’être mortel (c’était à l’époque des Néandertaliens que les premières tombes et le culte de la mort / des morts sont apparus) avait emporté l’homme au-delà de l’expérience existentielle de la réalité: l’imaginaire émergea avec le rôle psychodramatique. L’ontogénie (le développement individuel de chacun d’entre nous) est donc une répétition de la phylogénie.

[3] Basé sur des observations cliniques d’adultes en phase terminale, Kubler-Ross (dans Perazzo 1986) a décrit les réactions de chagrin éprouvées par ces patients par rapport à leur propre mort. Elle a distingué les cinq phases suivantes: déni – colère – négociation – dépression – acceptation.

[4] Lindemann (1944) différencie les réactions retardées (retard pouvant prendre quelques semaines, mois ou même années) et les réactions déformées (hyperactivité, développement d’une maladie psychosomatique, perte durable des schémas d’interaction sociale) isolement social, hostilité, activités préjudiciables à l’existence sociale et économique de la personne endeuillée, dépression agitée, etc.)

[5]  Dans la perspective analytique de Bowlby (Perazzo 1996), cela signifie déstructurer et restructurer l’ego, à travers le retrait de la libido de l’objet perdu. Il a défini l’affliction comme la répétition de la première perte d’objet de l’enfant, comme l’origine de la recherche persistante de l’objet perdu.

[6] Une grande partie du travail de thérapie adressant ce «soi agressif» avait été faite avant que le travail réel de deuil ait été présenté, et ainsi ne sera pas discuté en détail dans cet article. Cependant, d’autres références à ce soi seront faites dans les sections suivantes.

[7] Comme mentionné ci-dessus, beaucoup de travail autour du ‘soi agressif’ de Frank avait été fait dans les premiers stades de sa thérapie, avant d’introduire la technique de l’horloge fondante

 

Pour citer cet article :

Figusch, Z., (2018). L’horloge fondante, une technique de psychodrame sur le travail de deuil dans un cadre de thérapie individuelle. [Consulté le …]. Disponible à l’adresse: https://www.odef.ch/relation-action/lhorloge-fondante-une-technique-de-psychodrame-sur-le-travail-de-deuil-dans-un-cadre-de-therapie-individuelle/ .

 

Traduction de l’anglais par Lorenzo MORENO.

Date de publication : 27 septembre 2018

© Copyright Institut ODeF: Journal Relation et Action, Genève